Acédie ? Anomie ? Marre de l’Ego Système ? En 2021, essayez la Sécurité Psychologique !


 

Avertissement au(x)* lecteur(s)*

*Effectivement, après des heures de réflexion, le pluriel s’est imposé, et cela pour au moins deux raisons :

1°) L’habitude contractée au siècle dernier, lorsqu’écolier de CE2 que nous fûmes, nous prîmes l’habitude (figure de style osée mais « passi simple »), sous injonction professorale de relire nos écrits…donc de fait, de s’assurer des années plus tard d’au moins un lecteur de notre prose.

2°) Un Master of Science en Psychologie Positive Appliquée conquis de haute lutte après 30 années consacrées à ce qu’une organisation qui le valait bien, le valut plus encore, nous incitant à cultiver une forme d’optimisme et de confiance que d’aucun puissent continuer à trouver un quelconque intérêt à lire le fruit de nos découvertes et cogitations en cet an de grâce 2021.

3°) Enfin pour ceux et celles qui nous liraient pour la première fois, nos billets sont très longs et fastidieux à lire, mélangeant sources sérieuse et humour potache mais néanmoins selon certains retours potentiellement addictifs 🙂

Vous êtes donc « avertis » : pas de blague avec ce blog !

 

Alors, voilà nous y voilà ! Décidément, tout fout le camp cher lecteur… Cela dit, il est vrai que quand Malraux nous avait annoncé que le 21ème siècle serait spirituel ou ne serait pas, il n’avait pas précisé à quel moment…et un siècle, çà peut vite devenir une éternité pour le commun des mortels... Et puis « spirituel » ? Il entendait quoi par-là exactement notre ami André : quête de sens, retour du religieux, nouvel attrait pour la philosophie, véganisme activiste, fakenewsisme conspirationniste ?

En tous cas, 21 ans après la énième fin du monde annoncée avec le Bug de l’an 2000 (mais qui s’en souvient ?), nous étions peu ou prou* dans une situation que le génial inventeur de la carte à puce Roland Moreno, avait bien décrite à travers sa Théorie du Bordel Ambiant. Ainsi, depuis des mois maintenant, la planète vivait au rythme d’un jour sans fin des  «confinements/déconfinements» . Il apparaissait chaque jour davantage qu’au-delà de la mortalité due à la Covid 19, certains de nos contemporains commençaient lentement mais sûrement à lâcher la rampe. C’était ce grand golfeur qui avait eu tant de mal à quitter son trou « Maison Blanche » jusqu’à ce que sa machine à twitter lui soit confisquée et que ses potes finissent par « capitoler » avec pertes et fracas... C’était cette nouvelle tendance à consulter un psy non pas pour régler les angoisses issues des traumas du passé mais de plus en plus pour faire face aux angoisses et aux peurs d’un futur plein de menaces.  C’étaient encore ces 10% de français pour lesquels en 2021, il n’y avait aucun doute possible : la terre était plate !         (En même temps après tout, il est prouvé que même un œuf peut l’être !).

*Alors pour ceux qui envisage de passer le permis bateau cette année : à ne pas confondre avec la « proue » qui est à l’arrière

 

J’ai des informations…nous ne sommes pas seuls !

 

On nous cache tout...

A l’ère du « tout relatif » et avec nos Grands Zégös aux manettes, les théories complotistes les plus délirantes faisaient florès. En ce qui nous concerne, nous avions su garder les pieds sur terre et préserver un semblant d’équilibre psychique même si parfois, certaines découvertes auraient pu remettre en question notre besoin si humain de « tout expliquer » !  Ainsi, par exemple, nous avions découvert de façon fortuite que nos voisins étaient des agents dormants du réseau ZÖ, dont l’objectif non avoué était de décrocher la lune pour la raccrocher plus à l’ouest du cosmos (oui en 2021, n’en déplaise à notre vieil ami Robert Mitchum, le Pecos était largement dépassé). En outre, au même moment, nous avions appris de source sûre qu’un certain Bill Portaux, sombre informaticien retraité américain de son état, consacrait le plus clair de son temps à : créer un nouveau virus… pour développer un nouveau vaccin …pour contrôler les êtres humains…en les transformant en nains de jardin ! Avertis depuis longtemps de son plan machiavélique, nous avions heureusement anticipé en achetant notre « Kit Nain Libre » sur Ali Baba depuis Kâmâ Zöne était tombé aux mains d’une secte véganiste dirigée par Lady Gaga.

 

C'est comment qu’on freine ?

 

Comme beaucoup de nos compagnons d'infortune, nous n’avions pas pris la mesure de l’impact qu’avait eu la révolution digitale sur notre psychisme à travers l’un de ses avatars : le développement foudroyant des réseaux sociaux. Il y avait d’abord eu ce documentaire                  "Comment Trump a manipulé l’Amérique"  sur Arte où on découvrait comment l’organisation Cambridge Analytica résolument tournée sur le Bien Commun (c’est un euphémisme), avait réussi à obtenir et utiliser les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs de Fessebouc pour leur retourner le cerveau à coup de dark posts et autres faits alternatifs. Il y avait eu ensuite « Derrière nos écrans de fumée » (The Social Dilema) dans lequel de nombreux pionniers des « géants du numériques » expliquaient comment ces créatures avaient échappées à leurs démiurges pour pratiquer une grande lobotomie générale à coup de likes et d’émoticônes surfant sur des vagues de dopamines dont nos pauvres cerveaux étaient devenus aussi accrocs que des sniffeurs de colle à l’amande en classe de CE1.  Enfin, il y eut les découvertes du Docteur Anthony Lantian et de ce qu’il nomme le « besoin d’unicité ». Selon sa thèse, « le fait de se sentir unique peut être un catalyseur de croyance aux théories du complot : le croyant se sent différent, et même supérieur au « troupeau de moutons » de la population qui croit naïvement à la version officielle. » En clair selon lui, c’est cette motivation à se distinguer d'autrui qui pourrait favoriser l'adoption et l'augmentation des croyances aux théories du complot en renforçant l’impression de détenir des informations secrètes. Finalement, il semble donc que nous soyons donc pris au piège de la classique approche binaire : soit prendre tout ce que l’on nous dit pour argent comptant comme notre ami Cahuette qui porte le masque dans son bain ; soit comme notre bon ami Chigan pour qui le Q est l’alpha et oméga de la rébellion indispensable contre tous et surtout contre tout…

 

 A force de trop en dire, on risque...              « l’acédie » !

 

Comme nous l‘avions évoqué dans notre précédent billet, en même temps que l’ultracrépidarianisme se diffusait dans la population plus rapidement qu’un variant liechtensteinois, la détresse psychologique se généralisait sous une forme d’acédie que notre fidèle amie La Rousse définissait comme un « état spirituel de mélancolie dû à l'indifférence, au découragement ou au dégoût. » Initialement associée à un état de « paresse    spirituelle », celle-ci renvoie selon le P. Nault (rien à voir avec le Pernod bien sûr) à deux dimensions :

 

  • Spatiale : le sentiment d'être à l'étroit dans son environnement
  • Temporelle : la difficulté à persévérer dans son engagement

 

A bien y réfléchir, bon nombre de nos séances de coaching de ces derniers mois laissaient apparaître cette sensation de vide qu’alimentait un environnement chaotique où l’incertitude du lendemain plongeait de plus en plus de monde au mieux dans la confusion, au pire dans le désespoir.

L'est pas dupe Rahan...

Nous revînt alors à l’esprit le souvenir d’une des grandes figures de Pif Gadget qui avaient façonné notre enfance de petit d’homme : RAHAN, le fils des âges farouches ! Un «Libre-penseur qui combat souvent des sorciers ou des chamans qui abusent de la crédulité de leurs disciples pour exercer sur eux leur influence et leur dictature. Mettant à mal leurs procédés, il libère ses congénères de leurs superstitions et de leurs soumissions. » Un type bien ce RAHAN… un peu comme un J.P Bacri au mieux de sa forme

 

Mais alors Jamy, comment sortir de ce cycle infernal ?

 

Notre approche de  Consultant Appréciatif nous inclinait par habitude à tenter de comprendre ce qui était à l'oeuvre... A entendre les « psy » de toutes sortes, les vagues du Covid 19 (oui on peut aussi le voir au masculin) laisseraient bientôt place aux tsunamis des troubles psychologiques et des désordres mentaux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle en Janvier 2021, nous avions intégré dans vos vœux la dimension « mentale » aux traditionnels « Bonne année, bonne santé… ». C’est également le cas pour nos amis de l’OMS selon lesquels : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité». Dans ce sens positif, la santé mentale est le fondement du bien-être d’un individu, du bon fonctionnement d’une communauté et plus largement de la société. Cette santé et ce bien être mental sont indispensables pour qu’une personne puisse penser, ressentir, échanger avec les autres, gagner sa vie et profiter de l’existence.

Décidément à bien y réfléchir, c’était finalement le « manque de Joie » qui caractérisait notre époque. La déprime frappait à nos portes et tentait de s’insinuer dans les méandres de notre cerveau. Plus que jamais, il était temps d’arrêter de subir le flot incessant de « bad news » et de retrouver des raisons d’espérer. Il s’agissait tout d’abord de se rappeler de l’équation selon laquelle notre prédisposition au bonheur dépendrait pour :

 

  • 50% de nos gênes
  • 10% de notre environnement et de facteurs extérieurs
  • 40% de notre investissement individuel,….

(Lykken D., Tellegen A., 1996)

 

Alors bien sûr… On peut se dire que nous ne sommes que les jouets de forces obscures ou au contraire si l’on cultive son optimisme ; que 40% de notre prédisposition au bonheur qui dépendraient de nous, c’est déjà pas mal si par cas on voulait tenter de « se (re)prendre en    main » ! En bon bordelais que nous sommes, vous l’aurez compris, nous avons « choisi de voir » le verre à moitié plein…

 

Question du Coach Appréciatif 

  • Vous, le verre, vous avez "choisi" de le voir comment ? A moitié vide ou à moitié plein ?
  • Selon vous, quelle incidence a "ce choix" sur votre réalité ?
  • Etes-vous satisfait des résultats obtenus ?

 

 

Alors tais-toi Ben Hur ! … et rames !

 

Ben Hur

 

Avant de mal tourner en renonçant à une école de philosophie comparée pour une école de commerce et une carrière « toute en beauté » ; notre adolescence réussit le tour de force    d’associer (et j’en passe) des modèles aussi différents que J. Cruyff, A.Young, B.Lee ou encore celui qui se rappelait à nos bons souvenirs au moment d’écrire ces lignes : Spinoza, le philosophe de la Joie !  Pour ce cher Baruch, il faut sortir de l’impasse qui consisterait : soit à rechercher un bonheur constant qui , au-delà d’être un idéal, serait finalement assez ennuyeux ; soit à poursuivre la quête incessante et vite fatigante, d’une jouissance par nature fugace et vide de sens. Ainsi selon lui, la Joie quant à elle, se cultive et constitue lorsqu’elle se manifeste, le marqueur que nous sommes sur la « bonne voie » d’une vie accomplie. L’«Être en Joie» n’a rien à voir avec le joyeux drille (attention dans la tribu des drilles : il y a aussi le « bon drille » et le « mauvais drille ») ou l’ineffable Gai Luron. Plus sérieusement, pour Spinoza, « le désir est l’essence de l’homme » et la Joie, la vraie ; "l’augmentation de la « force d’exister ". Celle-ci n’est pas donnée mais c’est une conquête inlassable consistant à apprendre à nourrir un meilleur rapport à soi-même et au monde.

Dans le champ de recherche de la Psychologie Positive, c’est à la psychologue  Barbara Fredrickson, que nous devons les grandes découvertes sur les bienfaits des émotions positives. Ses recherches en la matière nous apprennent que cultiver celles-ci contribue entre autre à :

 

  • élargir notre répertoire de capacités à « penser et agir »
  • développer durablement nos ressources personnelles, qu’elles soient physiques, intellectuelles, sociales ou psychologiques
  • être plus attentif, plus efficace et mieux travailler en équipe
  • augmenter notre résistance au stress et entretenir sa santé en général.

 

 Et de l’acédie à l’anomie, il n’y a qu’un (petit) pas…  (Bernard Amstrong)

 

Astronaut footprint on the Moon. .

Nous avions donc un début de piste pour prendre soin de la dimension individuelle. Force était de constater néanmoins que depuis des mois maintenant, le mal être s’était largement diffusé et que c’était tout le collectif qui était touché… Il nous fallut un peu de temps pour poser le diagnostic que notre société faisait face à une véritable anomie ; soit ce que notre bonne amie La Rousse définissait par une « absence d'organisation ou de loi, disparition des valeurs communes à un groupe.» Développé par le sociologue Durkheim, le concept d’anomie définit une situation dans laquelle les individus  se retrouvent,  lorsque les règles sociales guidant leurs conduites et leurs aspirations :

  • perdent leur pouvoir
  • sont incompatibles entre elles
  • sont minées par les changements sociaux et laissent la place à de nouvelles règles

Selon lui, l'affaiblissement des règles imposées par la société aux individus a pour conséquence d'augmenter l'insatisfaction et la démoralisation des individus. En miroir de la société à l’ère du Covid, cette sensation d’insatisfaction, voire de frustration était de plus en plus perceptible dans les organisations où l’impact de la crise venait se rajouter au rythme effréné d’un changement perpétuel dicté par une réorganisation sans fin à laquelle bon nombre de managers et de salariés ne comprenaient plus rien. En outre, si le télétravail qui s’était imposé à la plupart d’entre nous avait permis de maintenir l’activité, le lien social indispensable à notre bien être psychologique et émotionnel était sérieusement mis à mal.

Interpellé par ce désenchantement et la solitude qui gagnaient peu à peu les esprits et favorisaient un désengagement croissant au travail, notre posture de consultant appréciatif nécessitait d’ouvrir de nouvelles perspectives pour redonner aux collectifs l’espoir et l’envie de saisir l’opportunité de cette crise pour favoriser l’émergence d’organisations plus positives …

 

 

Et si pour changer… on essayait la            « sécurité psychologique » ?

 

En toute sé-coeurité

Dès les années 60,  Schein et Bennis , professeurs au MIT, évoquent le besoin de sécurité psychologique pour aider les gens à faire face à l’incertitude et l’anxiété liées aux changements organisationnels. Mais c’est 2015, et en partie grâce à une expérience menée par Google (prometteuse Start Up californienne), qu’Amy Edmondson, chercheuse de la Harvard Business School, est enfin reconnue après plus de 17 ans d’études sur la sécurité psychologique (The Fearless Organization: Creating Psychological Safety in the Workplace for Learning, Innovation, and Growth,2018).

Considérée aujourd’hui comme le facteur crucial pour favoriser l'innovation et l'engagement au sein des organisations, elle la définit en ces termes : « Il s'agit d'un climat interpersonnel particulier. L'individu a le sentiment qu'il peut parler librement à ses équipiers ou à son patron sans perdre la face, sans être considéré comme incompétent, sans être gêné. Cela n'a rien d'évident. Si nous ne sommes pas sûrs d'avoir agi correctement ou si nous doutons d'un acte posé par un collègue ou par notre patron, nous ne sommes pas enclins à nous exprimer spontanément sur le sujet. Beaucoup de choses sont en jeu : notre collaboration avec les autres, la perception qu'ils ont de notre expertise, notre égo qui risque d’en prendre un coup…»

 

Les enseignements du Projet Aristote de Google

 

C’est sous la direction du Professeur J. Rozovski qu’est lancée en 2012, une vaste étude impliquant plus de 180 équipes de par le monde pour identifier les facteurs de succès de        « l’équipe performante ».

Malgré les milliers de données analysées et à la grande surprise de l’équipe de recherche, il ressort que toutes les équipes performantes ne se comportent pas forcément de la même manière et que la performance de l’équipe ne dépend ni de la qualité des personnes qui la composent, pas plus que d’un profil type de leader idéal. Pourtant à l’examen, il apparaît que deux caractéristiques sont communes à toutes les équipes les plus performantes :

  • une distribution équitable du temps de parole entre leurs membres (dans le cas contraire, l’intelligence collective semble régresser)

 

  • une capacité d’empathie et de perception de ce que leurs membres ressentent. Les chercheurs parlent alors de « sensibilité sociale » ou                            « conversations émotionnelles » à partir principalement de l’observation des signaux non verbaux

Selon Amy Edmondson, c'est ce climat de confiance interpersonnelle et de respect mutuel permettant à chacun d’être authentique qui illustrent le mieux ce qu’est la sécurité psychologique. Finalement, si avec des objectifs clairs, des collègues fiables, un travail qui donne du sens à titre personnel et la croyance que le travail a un impact positif, la sécurité psychologique n’est pas le seul facteur concerné d’une performance collective, elle en est le premier sans lequel les autres ne peuvent opérer.

 

 

Cinq bonnes raisons pour essayer la sécurité psychologique

 

  • Depuis le Covid, dire que le monde est VUCA  (absolument rien à voir avec les dragées) est trivial mais la seule chose certaine, c’est que la survie individuelle et collective nécessite de s’adapter et d’innover toujours mieux et plus vite que les autres

 

  • On passe 50% de temps de plus qu’il y a 20 ans en mode collaboratif pour créer, produire et délivrer des services bien sûr mais aussi des produits toujours plus sophistiqués

 

  • Pour les DRH , l’enjeu  aujourd'hui n’est pas tant de recruter les meilleurs et les plus motivés que d’arriver à les faire « travailler ensemble » !

 

  • Les équipes au 21ème siècle sont éphémères (équipes projets), transverses, dé-spatialisées, interculturelles mais elles sont toujours soumises à l’exigence de résultats et de performance chaque jour plus élevée

 

  • De très nombreuses recherches en Neuroscience ont démontrés que la peur inhibe l’apprentissage et la coopération. La peur active l’amydale qui est nous sert à détecter les danger, provoquant une hausse du rythme cardiaque (ex avant une présentation) et de la pression sanguine. En consommant des ressources physiologiques au détriment de la mémoire de travail et de la capacité à traiter de nouvelles info, elle empêche l’apprentissage, nuit à la pensée analytique mais aussi à la créativité et la résolution de problème.

 

 

Difficile de bien faire son job quand on a peur !

 

Veux pas aller travailler !

 

En 2007, Martin Winterkorn le nouveau CEO de Volkswagen pose un objectif précis et ambitieux : multiplier par 3 les ventes aux US en 10 ans pour dépasser Toyota et Ford et devenir le 1er constructeur mondial.  Développer un moteur diesel propre est essentiel pour la stratégie du constructeur mais l'impossibilité de respecter les normes US amène les ingénieurs à bidouiller les tests en laboratoires ( seules 2 roues tournent vs 4 sur route) pour y répondre. En Septembre 2015, Volkswagen connaît ses premières pertes en 15 ans et  30% de sa valeur sur le marché. Quelques semaines après ce crash historique, Bob Lutz ( Ford Chrysler Executive) écrira que  « Winterkorn était à la cause initiale du diesel gate car il avait instauré un règne de la terreur et une culture où la performance était fondée sur la peur et l’intimidation."  Au même moment, Bernd  Osterloh un délégué du personnel  s'exprime en ces termes : « Nous avons besoin dans le futur de créer un climat de travail dans lequel les problèmes ne sont pas cachés mais peuvent être partagés ouvertement avec les supérieurs. Une culture dans laquelle il est possible et permis de débattre avec son supérieur sur la meilleure façon de procéder. »

 

Pixar ou l'exemple d'une culture psychologiquement sûre...

 

L’industrie cinématographique est particulièrement imprévisible et il est fréquent que les réalisateurs enchaînent par un ou deux navets après un méga succès. Ce n'est pas le cas jusqu'à lors pour Pixar qui a bâtit sa culture autour de la sécurité psychologique. Si l'échec n'est pas une fin en soi, l'idée est que tout le monde comprenne qu'il fait partie intégrante du processus créatif dans le voyage que représente la conception d'un film. De la même façon, la parole libre et  la critique constructive sont encouragées en ce qu'elles sont indispensables à la remise en question et à la recherche de l'amélioration du "produit final".

Ainsi chaque film donne lieu à la création d'un petit groupe de personnes (Braintrust) qui se réunissent régulièrement pour donner des feedbacks  au directeur du film sur ce qui marche et ne marche pas. Selon Edwin Catmull, fondateur de Pixar,  ces feedbacks doivent être faits dans un esprit de "candeur et de bienveillance" par les émetteurs et accueilli avec           " humilité et gratitude" par les receveurs. Ce fonctionnement est donc fondé sur la confiance réciproque qui est le gage d'une communication authentique. Voici quelques unes des règles du Braintrust qu'il évoque :

 

  • Le feedback doit être constructif et porter sur le projet et non sur la personne. De son côté, le directeur ne doit pas prendre la critique sur le plan personnel et être prêt à entendre ce qui lui est dit, à en tenir compte et à se remettre en question si nécessaire
  • Les commentaires sont des suggestions et non des prescriptions : il n’y a pas de                  mandat  ou de relations hiérarchique et le directeur du film est ultimement celui qui décide de prendre ou non en compte les commentaires qui lui sont faits
  • Le feedback ne doit pas être fait dans l'intention de "piéger" l'autre mais s'appuyer sur une posture empathique. L’échec est perçu comme un risque à prendre... Comme on ne saurait apprendre à faire du vélo sans tomber, diriger un film n'est pas une science exacte mais un processus d'apprentissage permanent. Si l’échec est douloureux mais c’est aussi ce qui fait grandir…
  • Le Braintrust est « bénévole », il est réuni pour aider et il n’a pas d’agenda caché. Il est perçu comme un « il » neutre et non comme un « eux » menaçant
  • Ce « il » est plus important que la somme de ses membres
  •  Les bonnes personnes pour un Braintrust "aident les autres à  être plus intelligents" et à aller vite à l'essentiel dans l'intérêt collectif. Cela n'est possible que si chacun peut s’exprimer librement et naturellement en conjuguant authenticité et empathie

Et le manager dans tout çà ?

 

To be or not to be

Là où on attendait initialement (et c'est encore trop souvent le cas) qu'il (elle) "dirige et contrôle", l'organisation agile et innovante dans l'environnement où l'incertitude prévaut, requiert davantage qu'il (elle) "encourage l'initiative individuelle" et "facilite l'émergence de l'intelligence collective".  Dès lors, créer des interactions plus fluides et efficaces entre des individus non organisés hiérarchiquement, en mode projet et de plus en plus à distance, passe par le développement de nouvelles compétences d'un leadership basé sur (entre autres) l’écoute, la pédagogie, l'intelligence émotionnelle, la communication authentique, la résolution de conflits...

 

 

 

 

Question du Consultant appréciatif

  • Qu'est ce qui prédomine dans la culture de votre organisation: le blâme ou l'encouragement?
  • De quelle nature sont vos feedbacks à l'égard de vos pairs, vos collaborateurs, votre boss ?
  • Comment recevez-vous les feedbacks qui vous sont faits ?

 

Finalement, et c'est peut être la découverte majeure sur la sécurité psychologique, c'est que celle-ci repose moins sur un type personnalité que sur un environnement et un climat  de travail qu’un leader peut et doit créer . En outre, les études d'Amy Edmondson laissent penser qu’au-delà de la culture d’entreprise, la sécurité psychologique diffère d’un sous-groupe à un autre dans la même organisation et que cela dépend de la capacité du leader à créer les conditions propices à son "ressenti" ou non, et que cela soit dans un hôpital, une usine, une banque, une collectivité publique ou une chaîne de restaurant…

Au moment de conclure ce billet, je me demande ce que serait la situation si chacun(e) d'entre nous contribuait un peu plus et un peu mieux à créer et diffuser de sentiment de sécurité psychologique dans son environnement personnel et professionnel...

Qu'en pensez-vous ?

Merci pour vos commentaires et feedbacks constructifs 🙂

 

 

 

 

 

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Maureen
Maureen

Superbe article ! Merci pour ce précieux partage qui pousse à davantage questionner sa propre pratique et aussi la nature de son investissement dans la vie collective.

Pierre
Pierre

Bravo Eric. Je te félicite. Et merci de me donner l’occasion de retrouver Rahan, le fils des âges farouches dans ton billet ! Je partage pleinement ton avis sur ces DRH pour qui « l’enjeu aujourd’hui n’est pas tant de recruter les meilleurs et les plus motivés que d’arriver à les faire « travailler ensemble » ! ».
Oui, les équipes au 21ème siècle sont éphémères (équipes projets), transverses, dé-spatialisées, interculturelles et demandent plus que jamais de valoriser l’équité et non l’égalitarisme (risque permanent de nivellement quand on « donne » la même chose à chacune et chacun quelque soit la situation de travail). Amitiés, Philippe Pierre

Sami
Sami

Les premiers paragraphes de cette rubrique (à brac), nous emmènent en coccinelle vers des lectures où super DuPont apportait la touche d’humour et de dérision nécessaire à la prise de conscience adolescente. Je n’ai bien évidemment pas compris tout les jeux de mots et finesses linguistiques mais la pensée (positive) est qu’il reste une marge de manœuvre et une nécessité de faire plusieurs lectures. L’objectif énoncé dès les premiers mots d’avoir plusieurs lectures est donc atteint. Le deuxième objectif qui est celui d’une analyse d’un concept intéressant de « sécurité psychologique » est atteint. Ma curiosité est « titillée ». Pour moi, le point… Lire la suite »