Eric Mellet : le parcours d’un consultant de terrain

Publié le 15 mai 2018

Par Eric Mellet


Pour ce premier article, je me suis prêté à l'exercice d'une interview avec l'agence de conseil en communication Les Mots qui Manquent pour partager avec vous un parcours professionnel et personnel qui allie expérience de terrain et recherches théoriques.

 

Consultant, coach et facilitateur, Eric Mellet allie une solide expérience de management en France et à l'international avec un parcours académique en Psychologie Positive Appliquée. Il  se définit comme celui qui « ouvre des portes... »

 

Bien plus qu’une simple phrase, un slogan, une posture… pour Eric Mellet « ouvrir des portes », c’est d’abord une façon d’être, un regard spécifique porté sur les choses, très certainement lié à un parcours professionnel original et à sa première force de caractère en Psychologie positive qu’est la créativité.

 

Eric, pouvez-vous nous en dire plus sur cette phrase « ouvrir des portes » ?

 

Que l’on accompagne une personne dans un cadre individuel ou que l’on intervienne dans une organisation pour en accompagner la transformation, bien écouter " l’histoire racontée " et la  " mettre en questions " a souvent pour conséquence de susciter une prise de conscience chez l’autre en l’amenant à donner de la valeur à quelque chose qui lui paraissait jusqu’alors insignifiant.

 

Ce moment précis où une personne ou un groupe passe du « Je ne sais pas que je ne sais pas » au « Je sais que je ne sais pas » est celui de la porte qui s’ouvre sur un nouveau champ des possibles, des évidences oubliées, de nouvelles ressources individuelles et collectives à mobiliser… Le point de départ est la confiance dans ce qu’il y a de vivant et de sain dans l’organisme et le pari de son intelligence et de sa faculté d’adaptation pour créer sa solution. C’est ce qui a nourri mes convictions notamment autour de l'organisation apprenante  (Learning Organization) et des conditions favorables à cette capacité à « apprendre ensemble » qui est la source fondamentale de la compétitivité à long terme selon Peter Senge.

 

Ainsi, l’ouverture n’est pas seulement un processus intellectuel mais elle suscite des émotions et génère une nouvelle énergie pour imaginer, explorer et tester de nouvelles façons de penser et d’agir sur le plan individuel et collectif. L’intelligence émotionnelle est d’ailleurs un grand sujet de recherche en psychologie positive et l’une des portes pour mobiliser l’intelligence collective sans laquelle aucune organisation ne sera en mesure de suivre le rythme imposé par la rapidité des changements et la volatilité sans précédent de l’environnement économique, social et climatique.

 

Et justement, comment êtes-vous arrivé à la psychologie ?

 

Indirectement, la psychologie en tant que voie de compréhension de ce qui peut nous animer, que ce soit nos croyances ou nos comportements a toujours été là.

J’ai débuté comme commercial avant de passer beaucoup de temps de ma vie professionnelle à L’Oréal à encadrer des équipes et à construire des systèmes pour développer les compétences individuelles et collectives et rechercher l’Excellence. Toutes ces expériences m’ont amené à entrer en relation avec des gens de tous horizons au fur et à mesure que mon spectre s’élargissait… Un parcours débuté dans le Sud-Ouest d’origine, puis la France entière, l’Europe et enfin le monde m’a donné le privilège de découvrir les richesses inépuisables qu’offre la diversité humaine. Ainsi que cela soit en tant que commercial, manager, facilitateur ou coach, j’ai toujours pensé que la base de toute réalisation collective consistait tout d'abord à créer de la relation…

 

Consultant de terrain

Le parcours d'un consultant de terrain

 

Comment votre approche psychologique s’est-elle professionnalisée ?

 

Ma recherche personnelle a emprunté de nombreux chemins ; que cela soit la Programmation Neuro Linguistique, le Kendo pratiqué avec un maître japonais pendant 14 ans, l’Approche Centrée sur la Personne de Carl Rogers (psychologie humaniste) ou encore l’Appreciative Inquiry… Tout cela a nourri ma pratique et mes réflexions en tant que manager opérationnel d’une multinationale et c’est ce matériau que je partage aujourd’hui avec mes clients en tant que consultant et coach.

 

Qu’avez-vous tiré comme principaux enseignements de l’approche de la psychologie de Carl Rogers dans votre expérience professionnelle ?

 

Dans le même courant que Maslow, Rogers est porteur dans les années 70 d’une vision positive de l’homme et de sa tendance naturelle à l’individuation, un processus qui tout en le responsabilisant sur sa capacité à orienter le cours de sa vie, lui accorde aussi la faculté de savoir ce qui est bon pour lui et celle de « réaliser son potentiel ». Il est entre autres à l’origine de la pédagogie centrée sur le groupe qui nourrira par la suite le courant du management participatif ou du coaching en ce qu’il fait du « client » le premier acteur de sa solution. Ainsi selon lui, le « savoir » est dans la personne ou le groupe et il s’agit donc d’être un facilitateur de l’expression des ressentis, des idées, des intuitions qui sont présents dans « l’Ici et Maintenant » pour redonner du sens au  " faire ensemble "...

 

A l’ère de « l’Expérience Client », c’est ce que l’on attend d’un commercial avec son client qui souhaite co-créer son expérience d’achat. Ce sont aussi les qualités que l’on recherche chez un leader aujourd’hui dont on attend moins de la technicité que de la propension à initier le mouvement et à garantir l’environnement propice à l’expression de l’intelligence collective en tant que première source d’agilité organisationnelle et de capacité d’innovation.

 

C’est cette capacité à lâcher le besoin de tout contrôler pour mettre sa confiance dans le processus qui entrait en résonance avec ce que je vivais à L’Oréal à ce moment-là, à savoir l’émergence de ce qui allait devenir la première Université de marque, avec la Matrix Sales University.

 

J’avais l’intuition de cette organisation en réseau, dont je ne connaissais ni les tenants ni les aboutissants ni la démarche qu’il fallait mettre en œuvre pour y aboutir. Sans véritables moyens humains et financiers à l’échelle de l’ambition du projet, il s’agissait d’avancer pas à pas en captant les énergies, les « bonnes volontés » et l’ingénuité de ceux qui y voyaient une valeur ajoutée unique au lancement de la Marque dans leur pays respectifs.

 

Il s’agissait de  donner le sens  au fur et à mesure que la forme  émergeait, un peu comme le surfeur qui vit « ses déséquilibres comme des équilibres » pour suivre la vague qui le porte…

 

Avec du recul, je me suis rendu compte que l’idée de créer plus tard la L'Oréal Sales Academy, une université d’entreprise lancée dans 75 pays s’était imposée naturellement comme la conjugaison d’une vision initiale et de mon parcours sans bien savoir lequel avait nourri l’autre.

 

Ainsi, « ouvrir les portes », c’est créer de nouvelles perspectives et de nouveaux circuits d’échanges d’information et de mise en action…

 

Du bas vers le haut et du haut vers le bas de l'organisation… C’est aussi tisser des liens, animer des cercles, propager des ondes, créer de l’énergie… De façon plus prosaïque, c’est pour avoir vécu ce qu’est la vie du commercial et du manager dans ses joies et ses difficultés, de s’appuyer sur l’expérience du terrain et éviter autant que possible la déconnection si l'on n'y prend garde du réel et de l’humain qu’offre la magie sans limite d'un tableur Excel... Enfin, c’est d’avancer pas à pas en cultivant ses ressources que sont l’empathie, l’optimisme, la résilience et la confiance en soi et en l’autre.

 

Photo: Jeremy Bishop

 

Qu’est-ce que peut apporter le champ de la psychologie positive aux organisations ?

 

..Pour cela, repartons de la définition : « La psychologie positive est l’étude scientifique du fonctionnement humain optimal. Son objectif est de découvrir et promouvoir les facteurs qui permettent aux individus, aux organisations et aux institutions de réaliser pleinement leurs potentiels de développement.» (Akumal Manifesto, 1999). Les modèles imposés dans les organisations et qui ont largement accompagnés les grands cabinets de conseil jusqu’à ce jour mettent l’accent sur la « recherche du problème », l’identification de solutions, leur mise en œuvre et bien sûr la mesure de ses effets… Nous savons que près de 70% des accompagnements du changement* basés sur cette approche échouent et donnent lieu à une nouvelle recherche de problème…

 

On passe ainsi plus de temps à traquer le déficit, focaliser sur les faiblesses, les erreurs et les manques qu’à identifier ce qui fonctionne, ce qui est sain, les forces inhérentes à la personne ou à l’organisation et à partir desquelles on peut co-élaborer une vision qui crée de l’enthousiasme collectif et de l’engagement à trouver les solutions ensemble…

 

Il ne s’agit en aucune sorte de nier les problèmes et les difficultés mais de choisir de les aborder d’une façon plus appréciative, c’est à dire de reconnaître et de valoriser ce que l’on fait déjà de bien et qui peut servir de socle pour faire plus et mieux de ce qui marche déjà…

 

C’est une vision assez révolutionnaire et exigeante. Elle nous amène à aller à contre-courant de la tendance naturelle de notre cerveau à d’abord repérer le négatif.

 

Tendance elle-même renforcée par la culture, le système éducatif et plus tard la pratique managériale classique. Pas étonnant que dans ces conditions, chacun à quelque niveau qu’il soit se renferme et se protège d’être pris à « mal faire » en pointant le doigt et en rejetant la responsabilité sur l’autre.

 

Un tel environnement de travail diffuse davantage d’émotions et de sentiments désagréables comme la peur, la tristesse, la frustration, la colère et au-delà de ce que nous apprend la recherche, le simple bon sens devrait suffire à comprendre que cela ne favorise pas la motivation, l’engagement, la créativité, la solidarité… juste des éléments indispensables à la performance exceptionnelle et durable !

 

A ce titre, ma thèse de Master visait à faire la synthèse entre les recherches et les découvertes en matière de psychologie positive appliquée au travail tant sur le plan individuel que collectif avec l’expérience du réel vécu pendant 30 ans au sein d’une grande organisation ou celle que vivent mes clients aujourd’hui.

 

C’est une nouvelle porte qui s’ouvre… Et plus je découvre ce qu’il y a derrière, plus j’éprouve de la joie et de l’enthousiasme à partager une autre façon de voir et de faire des choses ensemble …

 

* Etude Harvard Business Review « Conduire le changement : Pourquoi les efforts de transformation échouent », 1995.


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PROUET MarylineJulien Auteurs de commentaires récents
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Julien
Julien

L’homme a bâti les pyramides, les cathédrales, et bien d’autre choses sans outils, et peu de technologie. En d’autres temps cela s’appelait la foi, ou bien l’espoir , le rêve de mieux. L’homme que ce soit collectivement ou individuellement ne peut s’épanouir sous la contrainte et dans une approche négative. Nos atouts sont nos forces et nous ne pourrons nous construire qu’en nous appuyant sur elles. Progresser en ne se concentrant que sur nos aspects les moins forts ne nous apporte en fin de compte que de la frustration parce que les résultats seront toujours en deça de nos attentes.… Lire la suite »

PROUET Maryline

Bonjour Eric
Je vous rejoins complètement.
C’est effectivement en encourageant les personnes et en les accompagnant avec cet esprit positif qu’on peut les amener à avoir plus de confiance et à oser franchir de nouvelles étapes. C’est ce qui se passe pour le petit d’homme lorsqu’il découvre la station debout et qu’il sent le regard de ses parents posé sur lui avec amour pour l’encourager à marcher. Merci pour votre article.